Les découvertes récentes sur le thème des neurosciences et des bases biologiques de nos comportements et émotions.


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Depuis toujours, la psychiatrie classe les troubles mentaux comme des entités distinctes et étanches : la schizophrénie, avec ses hallucinations, n’aurait rien à voir avec l’alcoolisme, et le stress post-traumatique serait aux antipodes des troubles obsessionnels. La génétique s’est longtemps attaquée à ces pathologies une par une, identifiant çà et là des gènes de susceptibilité. Mais personne n’avait encore osé une comparaison systématique à grande échelle pour vérifier une hypothèse folle : et si, sous leurs symptômes variés, tous ces troubles partageaient un ou plusieurs terreaux communs ?

C’est précisément ce qu’a testé une équipe internationale en analysant les données génétiques de plus d’un million de patients, couvrant 14 troubles psychiatriques. Grâce à une méthode statistique avancée (Genomic SEM), les chercheurs ont cherché non pas des gènes isolés, mais des facteurs génétiques latents, de grands réseaux communs sous-jacents aux diagnostics classiques.
Les résultats, publiés dans la revue Nature, montrent que les données génétiques ne se répartissent pas au hasard. Elles s’organisent autour de 5 grands facteurs, des « super-familles » génétiques qui regroupent plusieurs troubles, et qui à elles seules expliquent 66% des troubles :

  • Facteur « Compulsif » (anorexie, TOC, syndrome de Tourette).
  • Facteur « Schizophrénie/Bipolarité » (schizophrénie, trouble bipolaire).
  • Facteur « Neurodéveloppemental » (autisme, TDAH, syndrome de Tourette).
  • Facteur « Internalisant » (dépression, anxiété, stress post-traumatique).
  • Facteur « Substance Use Disorders » (alcoolisme, dépendance au cannabis, aux opioïdes, à la nicotine).
    Encore plus frappant, les chercheurs mettent en évidence un facteur général de psychopathologie, le p-factor : un terrain de vulnérabilité commun, fortement lié au neuroticisme (i.e. tendance dépressive et aux émotions négatives) et à la sensibilité au stress, qui expliquerait pourquoi certains individus seraient plus susceptibles aux troubles psychiatriques.

Le message clé est clair : sous des symptômes très différents, de nombreux troubles psychiatriques partagent un même sol génétique, comme des arbres aux formes variées poussant sur une terre commune. C’est une remise en question profonde des classifications actuelles, avec chaque pathologie traitée dans son silo isolé, encore largement fondées sur les symptômes plutôt que sur les mécanismes biologiques.
Mais prudence : les facteurs génétiques se concrétisent dans une grande diversité d’expression, notamment via une interaction permanente avec l’environnement, les traumatismes, et les expériences de vie de chacun (i.e. le vieux débat “inné vs acquis”, et la réponse étant toujours “les deux”). Cette étude ne nie pas la complexité humaine, elle montre simplement que, pour comprendre et soigner la santé mentale, il faudra sans doute apprendre à traiter les racines autant que les feuilles.

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